Quand un micro-entrepreneur vient monter un dossier de financement au guichet, la discussion coince presque toujours au même endroit. Il parle de son chiffre d’affaires, la banque regarde son revenu imposable, et l’écart entre les deux vient d’un abattement qu’il n’a jamais choisi. Comprendre ce mécanisme, c’est déjà avoir réglé la moitié de la question fiscale.
Réponse directe : au régime micro, l’impôt sur le revenu se calcule sur le chiffre d’affaires encaissé, diminué d’un abattement forfaitaire de 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services commerciales et 34 % pour les activités libérales, avec un plancher de 305 €. Cet abattement remplace toute déduction de frais : ni loyer, ni matériel, ni déplacement ne viennent baisser la base imposable. Les leviers d’allègement se situent donc ailleurs, dans le choix du mode de paiement de l’impôt, dans les exonérations de démarrage et dans le moment où quitter le micro devient rentable.
Les quatre leviers qui existent vraiment
- Arbitrer entre le barème progressif après abattement et le versement libératoire à 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d’affaires.
- Demander l’Acre auprès de l’Urssaf au plus tard le 60e jour d’activité : elle n’est plus accordée d’office.
- Ne rien payer au titre de la cotisation foncière des entreprises l’année de création, et vérifier l’exonération de cotisation minimum sous 5 000 € de recettes.
- Recalculer chaque année si l’abattement forfaitaire couvre encore les charges réelles, plutôt que de rester au micro par habitude.
- 1 Trois dispositifs qu’on me cite encore, et qui ne s’appliquent pas
- 2 L’abattement forfaitaire, ou le plafond de charges qu’on ne voit pas
- 3 Versement libératoire ou barème progressif : le calcul à refaire chaque année
- 4 Acre, CFE, franchise de TVA : les trois échéances à surveiller
- 5 Trois questions qui reviennent au guichet
Trois dispositifs qu’on me cite encore, et qui ne s’appliquent pas
Aucun des trois crédits d’impôt les plus souvent évoqués dans les articles sur la micro-entreprise n’est mobilisable par un micro-entrepreneur en 2026.
Le CICE a disparu : il a été supprimé pour les rémunérations versées à compter du 1er janvier 2019, et transformé en allègement de cotisations patronales, ce qui ne concerne évidemment pas un entrepreneur sans salarié. Le CITE, lui, n’a jamais été un dispositif d’entreprise : c’était un crédit d’impôt destiné aux particuliers qui rénovaient leur logement, éteint au 1er janvier 2021 et remplacé par MaPrimeRénov’, versée par l’Anah. Quant au crédit d’impôt recherche, l’article 244 quater B du code général des impôts le réserve aux entreprises industrielles, commerciales ou agricoles imposées d’après leur bénéfice réel, ce qui exclut mécaniquement le régime micro.
Je le signale parce que ces trois sigles reviennent régulièrement dans les projets que l’on me présente, et qu’ils font gonfler un prévisionnel de plusieurs milliers d’euros de recettes fiscales qui n’arriveront jamais.
L’abattement forfaitaire, ou le plafond de charges qu’on ne voit pas
L’abattement du régime micro est un forfait de charges imposé, pas un avantage qui s’ajoute aux dépenses réelles.
Concrètement, un développeur indépendant en BNC qui encaisse 40 000 € déclare 26 400 € de bénéfice imposable après l’abattement de 34 %, qu’il ait dépensé 2 000 € ou 12 000 € dans l’année. L’administration applique automatiquement un abattement minimum de 305 € lorsque le calcul en pourcentage donne moins que cela. Le raisonnement doit donc être inversé par rapport à celui d’une société : la question n’est pas de trouver des charges à déduire, mais de vérifier que le forfait couvre encore les charges réellement supportées.
Deuxième point que je vois mal compris, et qui a des conséquences directes sur la trésorerie du compte professionnel : les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d’affaires brut, sans aucun abattement. En 2026, les taux sont de 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services relevant des BIC, 23,2 % pour les professions libérales affiliées à la Cipav et 25,6 % pour les libérales relevant du régime général.
Versement libératoire ou barème progressif : le calcul à refaire chaque année
Le versement libératoire remplace l’impôt sur le revenu par un prélèvement proportionnel encaissé en même temps que les cotisations, à condition d’y être éligible.
L’option suppose un revenu fiscal de référence du foyer, apprécié sur l’avant-dernière année, inférieur à un plafond par part révisé annuellement, fixé à 29 579 € pour une part sur la fiche micro-fiscale de service-public consultée en août 2026. La demande se fait auprès de l’Urssaf, au plus tard le 30 septembre pour une application l’année suivante.
| Nature d’activité | Abattement fiscal | Versement libératoire | Cotisations sociales 2026 |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 71 % | 1 % | 12,3 % |
| Prestations de services BIC | 50 % | 1,7 % | 21,2 % |
| Activité libérale (BNC) | 34 % | 2,2 % | 23,2 % Cipav, 25,6 % régime général |
La règle de décision est plus simple qu’elle n’en a l’air. Un foyer non imposable n’a aucun intérêt au versement libératoire, puisqu’il paierait un impôt dont il serait autrement dispensé. À l’inverse, un micro-entrepreneur dont le conjoint dispose de revenus élevés voit ses recettes taxées à la tranche marginale du foyer, et le prélèvement proportionnel devient alors nettement plus doux.
Acre, CFE, franchise de TVA : les trois échéances à surveiller
Ces trois dispositifs pèsent bien plus lourd sur les deux premières années d’activité que n’importe quel montage fiscal.
L’Acre n’est plus automatique
L’exonération partielle de cotisations a été ramenée de 50 % à 25 % par un décret du 6 février 2026, pour les micro-entreprises créées ou reprises à partir du 1er juillet 2026. Surtout, la demande doit être adressée à l’Urssaf au plus tard le 60e jour suivant le début d’activité. Passé ce délai, le droit est perdu pour l’année entière.
La CFE et son décalage de deux ans
La cotisation foncière des entreprises n’est pas due l’année de création, puis la base est réduite de moitié la deuxième année. Ensuite, elle repose sur une base minimum comprise entre 247 € et 7 669 € en 2026 selon le chiffre d’affaires réalisé deux ans plus tôt. Les recettes inférieures à 5 000 € ouvrent droit à une exonération de cette cotisation minimum.
Les seuils de TVA, distincts de ceux du régime micro
La franchise en base s’apprécie à 37 500 € de recettes, avec une tolérance à 41 250 €, pour les prestations de services et les professions libérales, et à 85 000 € avec tolérance à 93 500 € pour la vente de marchandises. Le seuil unique à 25 000 € annoncé fin 2024 a été définitivement abandonné par la loi du 3 novembre 2025. Ces montants n’ont rien à voir avec les plafonds du régime micro lui-même, fixés à 203 100 € et 83 600 €.
Trois questions qui reviennent au guichet
Puis-je déduire l’ordinateur que je viens d’acheter ?
Non, pas au régime micro. L’achat reste une dépense professionnelle légitime, réglée depuis le compte dédié à l’activité, mais elle ne modifie pas le bénéfice imposable, déjà fixé par l’abattement forfaitaire.
Le versement libératoire fait-il baisser mes cotisations ?
Non. Il ne touche qu’à l’impôt sur le revenu. Les cotisations sociales continuent de se calculer sur le chiffre d’affaires brut, aux taux rappelés plus haut.
À partir de quand faut-il quitter le micro ?
Le signal se lit dans les comptes, pas dans le chiffre d’affaires. Dès que les charges réelles dépassent durablement le taux d’abattement, le régime réel devient plus favorable, même en dessous des plafonds. C’est typiquement le cas d’une activité de services qui loue un local ou emploie un sous-traitant régulier. Ce basculement mérite une simulation chiffrée avec un expert-comptable, car il fait entrer l’activité dans le régime commun des très petites entreprises, avec ses propres obligations de déclaration d’impôts et de charges sociales.
Pour situer le sujet dans son ensemble
Le régime micro obéit à une logique différente de celle des sociétés, y compris sur les obligations déclaratives.
Cet article donne une information générale à jour au 11 août 2026 et ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable ou d’un conseil fiscal sur une situation individuelle. Les taux et seuils cités évoluent chaque année.
Sources : code général des impôts (articles 50-0, 102 ter, 151-0 et 244 quater B), fiches « Régime fiscal de la micro-entreprise » et « Franchise en base de TVA » du site Entreprendre Service-Public, décret du 6 février 2026 relatif à l’Acre, loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025.
