Sur un rendez-vous d’ouverture de compte professionnel, la question de la fiscalité arrive presque toujours en fin d’entretien, sur le ton du détail administratif. C’est pourtant là que se joue l’écart de trésorerie des deux premières années. Un entrepreneur individuel n’a que trois décisions à prendre, et aucune ne se rattrape facilement une fois l’exercice engagé.
L’essentiel en quatre points
- L’entrepreneur individuel est imposé de plein droit à l’impôt sur le revenu, sur son bénéfice, qu’il l’ait prélevé ou non.
- Le régime micro remplace les charges réelles par un abattement forfaitaire de 71 %, 50 % ou 34 % ; le régime réel déduit les charges pour leur montant exact.
- La franchise en base de TVA obéit à des seuils bien plus bas que le régime micro : on peut rester en micro tout en devenant redevable de la TVA.
- Depuis la réforme du statut unique, une entreprise individuelle peut opter pour l’impôt sur les sociétés en étant assimilée à une EURL.
Micro ou réel : un seul calcul suffit à trancher
Le choix entre régime micro et régime réel se ramène à une comparaison entre l’abattement forfaitaire et vos charges réelles. Tant que vos charges restent inférieures à l’abattement, le micro vous fait payer de l’impôt sur un bénéfice inférieur à votre bénéfice réel. Dès qu’elles le dépassent, vous payez sur un bénéfice que vous n’avez jamais encaissé.
Un exemple concret, sur un profil que je vois souvent en agence. Un artisan qui facture 60 000 € en prestations de services bénéficie d’un abattement de 50 %, soit une base imposable de 30 000 €. S’il supporte 12 000 € de charges, le micro lui est favorable. S’il en supporte 34 000 € parce qu’il a du matériel, un local et un véhicule, il est imposé sur 30 000 € alors qu’il a réellement gagné 26 000 €.
| Régime micro | Régime réel | |
|---|---|---|
| Plafond de chiffre d’affaires | 203 100 € en vente et hébergement, 83 600 € en services et libéral (revenus 2026) | Aucun plafond, applicable aussi sur option |
| Calcul du bénéfice | Abattement de 71 % (vente), 50 % (services BIC) ou 34 % (libéral), minimum 305 € | Recettes moins charges justifiées, amortissements compris |
| Comptabilité | Livre des recettes, registre des achats selon l’activité | Comptabilité complète, bilan et compte de résultat |
| Déficit | Impossible à constater | Imputable sur le revenu global du foyer |
Le point que beaucoup découvrent trop tard : la sortie du micro n’est pas immédiate en cas de dépassement. Elle intervient après deux années civiles consécutives au-dessus des seuils, ce qui laisse le temps d’organiser le passage à une vraie comptabilité.
La TVA ne se décide pas en même temps que le régime fiscal
C’est la confusion la plus fréquente et la plus coûteuse. Être au régime micro ne signifie pas être dispensé de TVA : ce sont deux dispositifs indépendants, avec des seuils qui n’ont rien à voir.
La franchise en base de TVA s’arrête à 37 500 € de chiffre d’affaires en prestations de services et 85 000 € en vente de biens et hébergement, avec des seuils de tolérance à 41 250 € et 93 500 €. Ces montants sont restés inchangés pour 2026, le projet de seuil unique à 25 000 € ayant été abandonné. Un prestataire à 60 000 € de chiffre d’affaires est donc toujours au régime micro, mais il facture la TVA.
Et le dépassement du seuil majoré produit un effet brutal : l’assujettissement démarre à la date exacte de l’opération qui fait franchir la limite, pas au premier jour du mois ou de l’exercice suivant. J’ai vu des professionnels devoir réémettre des factures sur plusieurs semaines pour cette seule raison.
Sous le régime micro, les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires brut, sans aucune déduction de charges. Les taux applicables depuis le 1er janvier 2026 s’établissent à 12,3 % en vente de marchandises, 21,2 % en prestations de services commerciales, 23,2 % pour les professions libérales relevant de la Cipav et 25,6 % pour les autres activités libérales.
Sous le régime réel, l’assiette devient le bénéfice. Une année à faible marge coûte donc beaucoup moins cher en cotisations qu’au micro, où le forfait continue de s’appliquer même si vous avez travaillé à perte. Cette asymétrie pèse souvent plus lourd dans l’arbitrage que l’impôt lui-même.
L’option pour l’impôt sur les sociétés, ouverte depuis 2022
La loi du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante a créé un statut unique d’entrepreneur individuel, entré en vigueur le 15 mai 2022. Deux conséquences pour la fiscalité.
La première est patrimoniale : la séparation entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel est automatique, sans déclaration d’affectation, pour les créances nées après cette date. L’EIRL, elle, n’existe plus en création depuis le 15 février 2022.
La seconde est fiscale. L’article 1655 sexies du code général des impôts permet à l’entrepreneur individuel d’être assimilé à une EURL et de basculer à l’impôt sur les sociétés, au taux de 25 %, ramené à 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice. L’option se notifie au service des impôts des entreprises avant la fin du troisième mois de l’exercice concerné. Elle reste réversible pendant les cinq premiers exercices, puis devient définitive.
Cette bascule n’a d’intérêt que dans un cas précis : quand le bénéfice dépasse largement ce dont vous avez besoin pour vivre. Tant que vous prélevez tout ce que l’entreprise dégage, l’impôt sur les sociétés ajoute une couche de complexité sans gain réel.
Ce que je vérifie avant de valider un plan de trésorerie
Trois points reviennent systématiquement dans les dossiers d’ouverture de compte professionnel qui se passent mal la deuxième année.
- Le décalage de trésorerie de la première année. En micro, les cotisations tombent dès le premier trimestre déclaré. Au réel, l’impôt sur le revenu du premier exercice se paie souvent l’année suivante, ce qui donne une fausse impression d’aisance.
- La déclaration initiale de cotisation foncière des entreprises, à déposer avant le 31 décembre de l’année de création pour bénéficier de l’exonération de première année.
- La date de franchissement du seuil de TVA, à surveiller en cours d’année et non à la clôture.
Pour aller plus loin
Le régime d’imposition n’est qu’un des deux étages de la décision.
Information générale à jour au 13 août 2026, sans valeur de consultation personnalisée. Les seuils, taux et abattements cités évoluent à chaque loi de finances : une situation individuelle doit être validée avec un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.
Sources : code général des impôts (articles 50-0, 102 ter, 219, 293 B et 1655 sexies), loi n° 2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante, loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025, fiches « régime fiscal de la micro-entreprise », « franchise en base de TVA » et « taux de l’impôt sur les sociétés » du site Entreprendre Service-Public, barèmes de cotisations des travailleurs indépendants publiés par l’Urssaf.
