La quasi-totalité des dirigeants dont j’ai vu le dossier partir en procédure collective avaient une activité qui fonctionnait. Ce qui a lâché, ce n’est presque jamais le carnet de commandes. C’est le décalage entre le moment où l’argent sort et celui où il rentre.
L’essentiel : une gestion financière efficace repose sur trois réflexes tenus dans la durée, pas sur des outils sophistiqués. Suivre sa trésorerie prévisionnelle à quelques semaines, faire respecter ses délais de paiement, et connaître les deux ou trois indicateurs que son banquier regardera avant toute demande de financement. Le reste relève de l’accompagnement comptable.
En bref
- La Banque de France a recensé 68 602 défaillances d’entreprises en 2025, un niveau record.
- Les retards de paiement privent les PME et microentreprises d’environ 15 milliards d’euros de trésorerie.
- Le délai contractuel de paiement ne peut dépasser 60 jours date de facture, ou 45 jours fin de mois.
- Un prévisionnel de trésorerie mis à jour chaque semaine vaut mieux qu’un bilan parfait consulté une fois par an.
Une entreprise rentable peut mourir de trésorerie
C’est la première chose que je dis aux dirigeants qui ouvrent un compte professionnel chez nous. La rentabilité se mesure sur un exercice, la trésorerie se mesure au jour le jour, et c’est elle qui décide si vous passez la fin du mois. D’après les statistiques de la Banque de France publiées en février 2026, 68 602 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en 2025, un niveau jamais atteint auparavant, y compris pendant la crise financière de 2008. La hausse ralentit nettement, avec environ 3,6 % sur un an contre 17,7 % en 2024, mais le volume reste élevé.
Ce chiffre se lit en parallèle d’un autre, tout aussi réel : l’Insee a compté plus de 1,16 million de créations d’entreprises en 2025, en hausse de 4,9 %. Le tissu s’agrandit et se renouvelle, donc le nombre absolu de défaillances n’a rien d’une catastrophe généralisée. Il reste que la cause immédiate est presque toujours la même, un manque de liquidités à une échéance précise.
Les délais de paiement : la loi vous protège mieux que vous ne le croyez
Beaucoup de dirigeants subissent des délais qu’ils pourraient contester. Le rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement, publié par la Banque de France, chiffre à environ 15 milliards d’euros la trésorerie qui manque aux PME et microentreprises du fait des retards, avec un retard moyen de 13,6 jours fin 2024. Le cadre légal, lui, est précis.
| Règle | Ce que prévoit le code de commerce |
|---|---|
| Délai maximal convenu | 60 jours à compter de la date d’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si les parties en conviennent expressément (article L441-10). |
| Pénalités de retard | Dues de plein droit dès le lendemain de l’échéance, sans mise en demeure préalable ni rappel. |
| Frais de recouvrement | Indemnité forfaitaire de 40 euros par facture en retard, qui s’ajoute aux pénalités. |
| Sanction du mauvais payeur | Amende administrative pouvant atteindre 2 millions d’euros pour une personne morale, doublée en cas de récidive, avec publication de la sanction (article L441-16). |
Ces mentions doivent figurer sur vos conditions générales et sur chaque facture. Les faire apparaître ne fâche personne : c’est une obligation, et leur absence affaiblit votre position si le dossier se tend.
Le prévisionnel de trésorerie, l’outil que je recommande en premier
Un plan de trésorerie utile tient sur une feuille de calcul et se met à jour en dix minutes par semaine. L’objectif n’est pas la précision comptable, c’est de voir venir le trou avant d’être dedans.
- Poser l’horizon. Treize semaines suffisent pour la plupart des activités. Au-delà, l’exercice devient théorique.
- Lister les encaissements par date réelle attendue, pas par date d’échéance de facture. Si un client paie systématiquement avec trois semaines de retard, c’est ce délai qu’il faut inscrire.
- Inscrire tous les décaissements engagés, y compris ceux qui ne reviennent qu’une fois par trimestre : TVA, cotisations, échéances de prêt, primes d’assurance.
- Repérer la semaine la plus basse et la traiter comme une échéance à préparer, pas comme une surprise à gérer le moment venu.
Le réflexe qui protège
Appeler sa banque trois mois avant une échéance tendue, prévisionnel à l’appui. À ce stade, presque toutes les solutions restent ouvertes.
Le réflexe qui coûte cher
Laisser filer le découvert en espérant un encaissement. Le dossier arrive alors en urgence, avec beaucoup moins de marge de négociation.
Ce que votre banquier regarde vraiment
Quand un dossier de financement arrive sur mon bureau, je ne commence pas par le chiffre d’affaires. Je regarde le comportement du compte sur les douze derniers mois : y a-t-il eu des rejets de prélèvement, des dépassements de découvert autorisé, des à-coups inexpliqués ? Un compte tenu proprement pèse souvent plus lourd qu’un bilan flatteur, parce qu’il raconte la gestion réelle et pas la photographie d’un 31 décembre.
Vient ensuite la capacité de remboursement rapportée aux échéances déjà en cours, puis la cohérence entre ce que dit le dirigeant et ce que montrent les documents. Comprendre les fondamentaux de la comptabilité quand on n’est pas financier aide énormément dans cet exercice : un dirigeant qui sait lire son propre bilan défend mieux son dossier.
Trois questions qui reviennent en rendez-vous
Faut-il un expert-comptable quand on démarre petit ?
Il n’est pas obligatoire pour toutes les formes juridiques, mais il devient rapidement rentable dès que l’activité dépasse quelques dizaines de milliers d’euros. Son intérêt n’est pas seulement la production des comptes : c’est le regard extérieur sur les décisions engageantes, avant qu’elles ne soient prises.
Séparer strictement compte pro et compte perso, est-ce vraiment nécessaire ?
Oui, et pour une raison très concrète au-delà des obligations propres à chaque statut : un compte mélangé rend le prévisionnel illisible et brouille l’analyse de votre dossier de financement. C’est l’une des premières choses que je demande à corriger.
Quand faut-il s’inquiéter d’une baisse de trésorerie ?
Le niveau compte moins que la tendance. Trois mois consécutifs de dégradation, même modeste, justifient un point sérieux avec son comptable et sa banque. Attendre le quatrième mois réduit mécaniquement les options disponibles.
La gestion financière n’a rien d’un exercice réservé aux profils comptables. C’est une discipline de régularité : quelques minutes chaque semaine sur les bons indicateurs évitent la plupart des situations que je vois arriver trop tard en agence.
Information générale destinée aux dirigeants de TPE et PME. Elle ne remplace pas l’accompagnement d’un expert-comptable ou d’un avocat pour une situation particulière, notamment en cas de difficultés avérées, où des dispositifs spécifiques existent.
Publié le 11 janvier 2024. Mis à jour le 6 août 2026.
Sources : Banque de France, statistiques des défaillances d’entreprises (février 2026) et rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement ; Insee, créations d’entreprises 2025 ; code de commerce, articles L441-10 et L441-16.
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