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Finance

On décrit encore souvent les cryptomonnaies comme une zone de non-droit. C’était discutable il y a trois ans, c’est faux depuis le 1er juillet 2026 : à cette date, seuls les prestataires agréés au titre du règlement européen MiCA peuvent proposer leurs services en France. Comprendre le fonctionnement de ces actifs suppose donc aujourd’hui de comprendre deux choses, la technique et le cadre légal.

En deux phrases : une cryptomonnaie est une unité de valeur échangée sur un registre partagé appelé blockchain, où chaque transaction est vérifiée et validée par un réseau d’ordinateurs plutôt que par une banque centrale. Ce mécanisme garantit qu’une même unité ne peut pas être dépensée deux fois, mais il ne garantit ni la valeur de l’actif, ni la solidité de la plateforme sur laquelle vous le détenez.

À retenir

  • La blockchain est un registre de transactions dupliqué et vérifié collectivement, pas une monnaie en soi.
  • Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires agréés PSCA peuvent servir des clients en France.
  • Les plus-values sont imposées uniquement à la conversion en euros ou lors d’un achat de bien ou service.
  • Les comptes détenus sur des plateformes établies à l’étranger doivent être déclarés chaque année.

La blockchain en langage de banquier

Imaginez un livre de comptes tenu simultanément par des milliers d’ordinateurs, dont chaque page validée est scellée et rattachée à la précédente. C’est le principe du registre distribué. Une transaction n’est acceptée que si le réseau la valide selon des règles connues à l’avance, et la modifier après coup supposerait de réécrire toutes les pages suivantes sur la majorité des exemplaires. C’est de là que vient la solidité du système, pas d’un tiers de confiance.

Le Bitcoin est le premier usage à grande échelle de ce principe : son livre blanc a été publié en 2008 sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, dont l’identité reste inconnue, et le réseau a démarré début 2009. La validation y repose sur la preuve de travail, un mécanisme qui impose aux validateurs une dépense de calcul, donc d’électricité, pour inscrire un bloc. D’autres réseaux, dont Ethereum, ont adopté depuis d’autres méthodes de validation, moins gourmandes en énergie.

Une différence de fond avec la monnaie que je manipule tous les jours : aucune institution ne pilote la quantité en circulation ni ne défend un cours. Là où une banque centrale ajuste sa politique monétaire pour amortir les chocs, un protocole applique une règle fixe, quoi qu’il arrive.

Investir dans les cryptomonnaies

Investir dans les cryptomonnaies

MiCA : ce qui a changé pour les épargnants français

Le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, dit MiCA, a remplacé le régime français d’enregistrement PSAN par un agrément européen. Trois dates suffisent à comprendre où nous en sommes.

  1. 30 décembre 2024 : le statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) cède la place à celui de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA), délivré sous MiCA.
  2. 1er juillet 2026 : fin de la période transitoire. Les acteurs simplement enregistrés sous l’ancien régime ne peuvent plus exercer sans agrément, comme l’a rappelé l’AMF dans un communiqué du 5 février 2026.
  3. Depuis cette date : fournir un service sur crypto-actifs en France sans agrément expose à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, l’AMF pouvant en outre publier une liste noire et faire bloquer les sites concernés.

Le réflexe à prendre : avant d’ouvrir un compte sur une plateforme, vérifiez qu’elle figure bien parmi les prestataires agréés PSCA ou bénéficiant du passeport européen. C’est aujourd’hui le seul critère qui distingue objectivement un acteur régulé d’un site opportuniste.

La fiscalité française des actifs numériques en 2026

C’est la partie sur laquelle je vois le plus d’approximations, y compris chez des clients à l’aise techniquement. Le fait générateur d’imposition n’est pas la revente d’une crypto contre une autre, mais bien la sortie vers de la monnaie ayant cours légal.

Situation Traitement fiscal
Achat puis conservation Aucune imposition tant qu’aucune cession n’intervient.
Échange d’une crypto contre une autre Opération neutre fiscalement, mais à conserver dans son historique pour le calcul ultérieur.
Conversion en euros ou achat d’un bien Plus-value imposable au prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux).
Total des cessions de l’année inférieur à 305 euros Plus-value exonérée.
Compte ouvert sur une plateforme étrangère Déclaration annuelle obligatoire, sous peine d’une amende de 750 euros par compte non déclaré, portée à 1 500 euros au-delà de 50 000 euros de valeur.

La hausse du prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 % découle de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Les actifs numériques font partie des revenus concernés, contrairement à l’assurance vie ou aux livrets réglementés.

Cryptomonnaies

Cryptomonnaies

La question que je pose systématiquement n’est pas « combien pensez-vous gagner », mais « avez-vous gardé l’historique de vos opérations ». Sans lui, la déclaration devient un casse-tête.

Où en sont réellement les Français

Le baromètre publié début 2026 par l’Adan avec Ipsos, mené auprès de 2 000 personnes en France, donne une image nette du décalage entre notoriété et pratique : 93 % des Français ont entendu parler des crypto-actifs, mais 11 % seulement en détiennent. Chez ces détenteurs, huit sur dix possèdent moins de 5 000 euros d’actifs numériques, et la majorité réalise moins d’une transaction par mois.

La France reste en retrait par rapport à ses voisins, avec 17 % de détenteurs en Allemagne et 20 % aux Pays-Bas selon la même étude. Cela dessine un profil très éloigné du trader compulsif : une poche modeste, gardée longtemps, dans un patrimoine par ailleurs classique.

Questions fréquentes

Une cryptomonnaie est-elle une monnaie au sens légal ?

Non. En France, seul l’euro a cours légal : personne n’est tenu d’accepter un paiement en crypto-actifs. Le droit les qualifie d’actifs numériques, pas de monnaie, ce qui explique leur traitement fiscal spécifique.

Que se passe-t-il si ma plateforme fait faillite ?

Les avoirs en crypto-actifs ne sont pas couverts par la garantie des dépôts qui protège les comptes bancaires jusqu’à 100 000 euros par déposant et par établissement. MiCA impose des obligations de ségrégation des avoirs clients, mais la protection reste de nature différente.

Faut-il déclarer un portefeuille auto-hébergé ?

L’obligation déclarative annuelle vise les comptes ouverts auprès d’un prestataire établi à l’étranger. Un portefeuille dont vous détenez seul les clés n’entre pas dans ce cadre, ce qui ne dispense évidemment pas de déclarer les plus-values réalisées.

Peut-on imputer ses pertes ?

Les moins-values de l’année se compensent avec les plus-values de même nature réalisées la même année. En revanche, elles ne sont pas reportables sur les années suivantes, contrairement à ce qui existe pour les valeurs mobilières.

Ce que j’en retiens après plusieurs années de questions au guichet : la technologie est plus simple à expliquer que ses conséquences pratiques. Le vrai travail, pour un particulier, se situe dans la traçabilité de ses opérations et dans le choix d’un prestataire régulé. Le reste relève d’un arbitrage de risque, à calibrer comme n’importe quel actif volatil.

Information générale à jour au 6 août 2026, dans un domaine où la réglementation évolue vite. Les crypto-actifs présentent un risque de perte totale du capital investi. Pour une situation fiscale particulière, notamment en cas d’opérations nombreuses ou de revenus tirés du minage, faites-vous accompagner par un professionnel de la fiscalité.

Publié le 12 décembre 2023. Mis à jour le 6 août 2026.
Sources : AMF, communiqué du 5 février 2026 sur la fin de la période transitoire MiCA ; loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ; code général des impôts ; baromètre Adan / Ipsos sur l’adoption des crypto-actifs, 2026.

Pour aller plus loin sur l’imposition de votre épargne

Les actifs numériques ne suivent pas les mêmes règles que le reste de vos placements.

Comment sont imposés vos revenus financiers